
La commune de Makala, à Kinshasa, a été le théâtre de violents affrontements entre les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et la Police nationale congolaise, plongeant la population dans la peur et l’incompréhension. Des scènes qui choquent, alors même que ces forces sont attendues sur le front face à la menace persistante du Mouvement du 23 mars dans l’est du pays.
Les violences ont éclaté mardi 21 avril dans le quartier Mabulu, sur la route Elengesa, avant de se poursuivre le lendemain. À l’origine de cette escalade : une intervention des militaires pour s’opposer à ce que des témoins décrivent comme des arrestations « arbitraires » de jeunes par des éléments du Groupe mobile d’intervention (GMI) de la police.
Très vite, la situation a dégénéré en affrontements armés entre deux corps censés garantir la sécurité des citoyens.
Une dérive sécuritaire inquiétante
Les combats se sont étendus vers l’axe Croquet, à proximité des installations policières, transformant plusieurs quartiers en zones de tension. Des tirs nourris ont semé la panique, contraignant de nombreuses familles à se barricader chez elles.
Dans ce chaos, des groupes de jeunes assimilés aux Kuluna ont exploité la situation, se rangeant tantôt du côté des policiers, tantôt des militaires, selon leurs intérêts. Des actes de pillage ont été signalés, tandis qu’un poste de police situé sur l’avenue Kimfumu a été entièrement détruit.
Des images relayées sur les réseaux sociaux montrent des élèves terrés sous leurs bancs en pleine salle de classe, illustrant l’ampleur de la psychose.
« On ne comprend pas comment ceux qui doivent nous protéger se tirent dessus en pleine ville », s’indigne un habitant de Makala.
Des autorités appelées à reprendre le contrôle
Contacté, le bourgmestre de Makala, Ngudia Kabongo, affirme être descendu sur le terrain avec d’autres services de sécurité. Il indique qu’aucune perte en vies humaines n’a été enregistrée, tout en confirmant des actes de vandalisme.
« Nous avons constaté des destructions de postes de police, en connivence avec des groupes de délinquants », a-t-il précisé.
Si un calme précaire semble revenir, la population reste sur le qui-vive, redoutant une reprise des hostilités.
Une image désastreuse en pleine crise nationale
Ces affrontements internes interviennent dans un contexte national particulièrement critique. À l’est du pays, les combats contre le M23 continuent de déstabiliser plusieurs provinces, mobilisant d’importants moyens humains et militaires.
Dans ce contexte, ces violences entre FARDC et Police à Kinshasa renvoient l’image d’un appareil sécuritaire désorganisé, incapable de parler d’une seule voix face aux défis majeurs du pays.
« Comment espérer vaincre une rébellion si nos propres forces s’affrontent dans la capitale ? », s’interroge un analyste sécuritaire.
Une urgence : restaurer discipline et cohésion
La situation à Makala met en lumière des problèmes structurels persistants : rivalités entre services, abus dans les opérations de maintien de l’ordre et instrumentalisation de groupes de jeunes délinquants.
Alors que la population attend protection et stabilité, ces dérives fragilisent davantage la confiance envers les institutions sécuritaires.
Plus que jamais, la nécessité d’une réforme en profondeur, d’un commandement unifié et d’une discipline stricte au sein des forces de sécurité apparaît comme une urgence nationale.


