
le lieutenant-général Philémon Yav avec ses avocats
Le parquet général des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) a requis, jeudi, la servitude pénale à perpétuité contre le lieutenant-général Philémon Yav Irung, poursuivi pour trahison devant la Haute Cour militaire à Kinshasa.
Ancien commandant de la 3e Zone de défense, le haut gradé est accusé d’avoir entretenu des liens avec une puissance étrangère en conservant un message attribué à un officier rwandais, sans en informer sa hiérarchie militaire.
Lors de l’audience, le magistrat militaire, le lieutenant-général Lucien-René Likulia, a demandé à la Haute Cour militaire de reconnaître le prévenu coupable des infractions de trahison ainsi que d’incitation des militaires à commettre des actes contraires au devoir ou à la discipline.
Le ministère public a requis 20 ans de prison pour l’incitation des militaires, mais a demandé l’application de l’article 7 du Code pénal militaire afin que seule la peine la plus lourde soit retenue, soit la prison à vie.
Selon l’accusation, Philémon Yav aurait gardé dans son téléphone un message provenant d’un officier rwandais, dans lequel il était écrit :
« Ce Chirimwani là bloque notre projet. »
Le parquet s’appuie notamment sur les déclarations du général Chirimwani, aujourd’hui décédé, qui aurait affirmé avoir personnellement vu ce message dans le téléphone du prévenu.
Pour l’accusation, ces éléments suffisent à établir les faits de trahison prévus par l’article 182 du Code pénal congolais.
La défense dénonce des « rumeurs »
Du côté de la défense, les avocats du général Yav rejettent catégoriquement les accusations.
Le coordonnateur du collectif des avocats, Me Parfait Kanyanga, a estimé que le réquisitoire du parquet reposait essentiellement sur des rumeurs et non sur des preuves solides.
« Les rumeurs doivent rester dans la rue et le droit au palais », a-t-il plaidé devant la cour.
La défense soutient également qu’aucun élément matériel ne démontre une collaboration effective avec le Rwanda.
Après les interventions des avocats de la défense, la Haute Cour militaire, présidée par le lieutenant-général magistrat Joseph Mutombo Katalayi Tiende, a décidé de renvoyer l’affaire au 12 mai prochain.
La prochaine audience sera consacrée aux répliques et contre-répliques des parties avant les plaidoiries finales de la défense.
En plus des accusations de trahison, Philémon Yav est également poursuivi pour violation des consignes militaires concernant l’utilisation des fréquences radio « Vertel » dans l’est de la RDC, une région en proie à l’insécurité et aux tensions armées persistantes.
