
À peine installé, déjà critiqué. Le nouveau gouverneur intérimaire du Haut-Katanga, nommé après la suspension de son prédécesseur par le ministère de l’Intérieur, s’attire une avalanche de réactions suite à une mesure radicale : la suspension de tous les paiements provinciaux. Une décision qui secoue aussi bien les institutions que l’économie locale.
Dans une note officielle, le gouverneur justifie cette suspension par la nécessité de maîtriser les finances publiques. Seules les rémunérations du personnel seront prioritaires, tandis que tout engagement financier devra désormais passer entre ses mains. Une volonté affichée de “mettre de l’ordre”, qui est loin de rassurer.
Mais sur le terrain, les conséquences ne se font pas attendre. Salaires bloqués, projets suspendus, fournisseurs et prestataires laissés dans le flou… La machine provinciale ralentit dangereusement. « On ne gère pas une province comme on gère une caisse d’urgence », s’insurge un commerçant de Lubumbashi. Pour lui, comme pour de nombreux petits entrepreneurs, cette décision menace directement leur survie.
Dans les rangs des observateurs politiques, le ton est tout aussi critique. Maître Bernard Kabembo, analyste, y voit un signe d’« amateurisme et de populisme mal calculé ». Il redoute une remise en question des avancées économiques de ces dernières années. Selon lui, « le développement a besoin de continuité et non de blocages ».
Le malaise gagne aussi les services publics. Une agente de santé de Kipushi déplore déjà des ruptures dans l’approvisionnement de matériel médical, tandis que d’autres voix s’élèvent dans les secteurs de l’éducation et des infrastructures, où les projets sont gelés sans perspectives claires.
Des députés provinciaux demandent désormais une révision rapide de cette politique, qui pourrait, à terme, fragiliser la stabilité sociale et économique du Haut-Katanga. L’un d’eux prévient : « Suspendre les paiements, c’est suspendre l’investissement. Et suspendre l’investissement, c’est suspendre l’avenir ».
Alors que la province se cherche un cap dans une transition déjà délicate, une question se pose : cette suspension est-elle un acte de rigueur salutaire ou un coup de frein brutal au développement ? Le Haut-Katanga retient son souffle.

