
Malgré des mesures fermes annoncées par Kinshasa, des activités minières illégales persistent au cœur du Lualaba, dans les concessions industrielles de la région de Kolwezi.
Une mission discrète mais déterminée de la Commission nationale de lutte contre la fraude minière (CNLFM) est actuellement déployée dans la province du Lualaba. Objectif : faire la lumière sur la présence persistante de creuseurs artisanaux opérant en toute illégalité au sein de sites appartenant à de grandes sociétés minières comme KCC et Metalkol. D’après des sources locales, ces incursions seraient parfois facilitées par des individus en uniforme ou des ressortissants étrangers utilisant des engins lourds pour extraire illégalement les minerais.
Sur certains périmètres protégés, notamment chez Metalkol, ces engins ont été surpris en pleine activité. Une situation qui soulève des inquiétudes quant à la sécurité des installations minières et à la sauvegarde des ressources naturelles du pays.
La mission de la CNLFM, menée avec précaution, a pour ambition de documenter ces violations flagrantes et d’évaluer l’ampleur du phénomène sur le terrain. Les autorités veulent comprendre comment ces réseaux continuent d’opérer malgré les multiples alertes et les dispositifs mis en place par l’État.
Cette descente sur le terrain intervient dans la foulée du 47e Conseil des ministres, tenu à Kolwezi même, au cours duquel le président Félix Tshisekedi a exprimé son inquiétude face aux débordements de l’exploitation artisanale. Il a ordonné une série d’actions pour encadrer le secteur :
Délimitation de zones officiellement réservées à l’exploitation artisanale,
Dialogue avec des sociétés comme la Gécamines pour libérer certaines aires à usage artisanal,
Renforcement du rôle de l’ARECOMS et application stricte des règles dans les centres de traitement,
Collaboration stratégique entre l’Entreprise Générale du Cobalt (EGC) et la Gécamines,
Mobilisation des services de sécurité, sous la coordination de la gouverneure du Lualaba et du ministère de l’Intérieur.
Le président Tshisekedi a également plaidé pour une reconnaissance formelle de l’activité artisanale à travers un cadre légal adapté, permettant aux exploitants de travailler dans la dignité et la sécurité.
Le secteur minier demeure l’un des piliers de l’économie congolaise, générant une part considérable des recettes de l’État. La Première ministre Judith Suminwa, récemment à la tête du gouvernement, a réaffirmé la volonté de son cabinet de faire de l’industrie minière un véritable moteur de développement. Lors de la célébration de sa première année au pouvoir, elle a souligné l’importance d’une collaboration saine entre l’État et les opérateurs privés.
« Le secteur privé est essentiel au développement de notre pays. En travaillant avec des entreprises industrielles sérieuses, nous pouvons améliorer nos infrastructures et renforcer notre autonomie énergétique », a-t-elle déclaré, citant notamment les investissements de KCC dans la réhabilitation de deux turbines d’Inga 3.
Alors que la pression monte sur le terrain, la réussite de cette mission de la CNLFM pourrait bien devenir un test de crédibilité pour les réformes promises dans le secteur extractif. Le gouvernement joue gros : entre maintien de l’ordre, respect des droits des artisans et attractivité des investissements étrangers.

