
Au sein de la diaspora banyamulenge, certaines voix se font de plus en plus critiques à l’égard du rôle joué par le Rwanda dans la crise persistante à l’est de la République démocratique du Congo.
Aujourd’hui j’ai rencontré Alex Ntagawa, connu sous le nom de Maziwa Makuu, un jeune membre de cette communauté vivant aux États-Unis, dont l’analyse atteste une fracture narrative importante autour de la situation sécuritaire dans les provinces du Nord-Kivu et Sud-Kivu surtout à Minembwe et à Uvira.
Contrairement aux affirmations régulièrement relayées par Kigali, selon lesquelles les Banyamulenge seraient systématiquement victimes de discrimination, Maziwa rejette catégoriquement cette version. Il décrit ces accusations comme relevant d’une « propagande » destinée à justifier une politique d’ingérence et d’intervention militaire du Rwanda dans la région.
Selon lui, les difficultés rencontrées aujourd’hui par certains membres de sa communauté ne proviennent pas d’un rejet généralisé au sein de la société congolaise, mais plutôt des conséquences directes des conflits armés et des interventions extérieures. Il accuse notamment le Rwanda d’avoir « instrumentalisé » cette communauté pour servir ses propres intérêts économiques.
Dans son témoignage, Maziwa évoque également des enlèvements de civils banyamulenge dans le territoire d’Uvira par les militaires Rwandais RDF et ses alliés. Il appelle ces frères forces de suivre les militaires Rwandais à Kamanyola à regagner leurs localités d’origine plutôt que de chercher refuge au Rwanda, insistant sur la nécessité de restaurer une vie normale en territoire congolais.
Maziwa a évoqué le cas du camp des réfugiés Tutsi congolais de Mudende au Rwanda qui avaient été massacrés par des hommes armés en 1997. Les auteurs de massacre avaient été récompensés par Kigali en les intégrant dans l’armée Rwandaise au lieu de les sanctionner.
Il dénonce par ailleurs la présence de groupes armés comme Twirwaneho, qu’il accuse d’être soutenus par Kigali, et qui maintient selon lui certaines de ses proches en situation de captivité, notamment dans des zones comme les Hauts-Plateaux et Minembwe. Pour lui, ces groupes contribuent à aggraver l’insécurité et à fragiliser davantage la cohésion entre communautés locales.
Sur le plan politique, Maziwa critique ouvertement certaines figures historiques banyamulenge, notamment Azarias Ruberwa et Moïse Nyarukabo, qu’il accuse d’avoir servi les intérêts du Rwanda plutôt que ceux de leur propre communauté. Il estime que ces leaders n’ont pas su défendre les aspirations des Banyamulenge et auraient, au contraire, facilité des dynamiques de conflit.
Malgré ces tensions, il souligne que de nombreux Banyamulenge vivent en coexistence pacifique avec les autres communautés congolaises, loin des discours belliqueux et des logiques de guerre. Selon lui, cette réalité est largement ignorée dans les récits dominants, qui tendent à homogénéiser la communauté et à la présenter comme un bloc uni derrière certaines positions politiques.
Cette prise de parole reflète une évolution notable au sein de la diaspora banyamulenge, où certains membres cherchent à se dissocier des stratégies régionales du Rwanda et à réaffirmer leur ancrage congolais.
Alors que la situation sécuritaire dans l’est de la RDC reste préoccupante, ces voix dissidentes mettent en évidence la complexité des dynamiques locales et rappellent que les communautés concernées ne partagent pas toutes les mêmes lectures ni les mêmes intérêts.

