
L’armée congolaise (FARDC) traverse une nouvelle crise de légitimité. Déjà affaiblie et humiliée par la rébellion du M23, qui continue de gagner du terrain dans l’Est de la République démocratique du Congo, elle peine désormais à protéger les populations civiles contre les attaques meurtrières des Forces démocratiques alliées (ADF), affiliées à l’État islamique (ISIS).
Ces groupes armés, actifs dans le Nord-Kivu et l’Ituri, multiplient les massacres, les enlèvements et les déplacements forcés. Les appels à une riposte vigoureuse se multiplient, mais sur le terrain, la sécurité reste une promesse fragile, tandis que des milliers de familles fuient chaque semaine les zones de combat.
Tibor Nagy monte au créneau
Face à cette situation dramatique, Tibor Nagy, ancien secrétaire d’État adjoint américain pour l’Afrique et ex-ambassadeur des États-Unis en Guinée et en Éthiopie, n’a pas mâché ses mots. Dans une critique sévère, il a déclaré :
« L’armée congolaise a déjà été humiliée par le M23, et maintenant ces ‘guerriers’ sont incapables de protéger des villageois innocents contre les extrémistes de l’ADF liés à l’ISIS. Pendant ce temps, le Président de la RDC, Tshisekedi, fait du globe-trotter au Kazakhstan. Il devrait visiter le Congo oriental ! »
Cette sortie médiatique met en lumière une frustration largement partagée par une partie de l’opinion congolaise : alors que les provinces orientales s’embrasent, le chef de l’État concentre ses efforts sur des visites diplomatiques à l’étranger.
Un président tourné vers l’extérieur
Le président Félix Tshisekedi se trouvait cette semaine à Astana, au Kazakhstan, pour une visite d’État de deux jours (9-10 septembre). Objectif affiché : renforcer la coopération bilatérale, notamment dans le domaine minier et économique, et diversifier les partenariats internationaux de la RDC.
Une démarche stratégique sur le plan diplomatique, mais qui contraste fortement avec la détresse des populations congolaises de l’Est. Pour beaucoup, ce déplacement renvoie l’image d’un président plus attentif à son rayonnement international qu’à la crise sécuritaire qui ravage ses propres territoires.
Entre diplomatie et réalités locales
Les propos de Tibor Nagy relancent un débat essentiel : comment concilier diplomatie internationale et urgence sécuritaire nationale ?
Pour certains analystes, la diplomatie de Tshisekedi est nécessaire pour attirer investissements et alliances, indispensables à la stabilisation future du pays. Mais pour d’autres, ces voyages n’ont de sens que si, parallèlement, une stratégie claire et efficace est mise en place pour neutraliser durablement les rébellions et protéger les civils.

