
La fermeture brutale et controversée du site minier de Luhihi plonge aujourd’hui des milliers de familles dans une crise économique et humanitaire majeure. Longtemps considéré comme une source essentielle de revenus pour les populations locales, ce site est désormais au centre de graves accusations mêlant exploitation illégale, violences et dysfonctionnements sécuritaires.
Selon plusieurs témoignages recueillis auprès d’habitants et d’acteurs locaux, l’exploitation du site aurait été placée, depuis le mois de septembre, sous l’influence d’un officier identifié sous le nom de Major Thomas, en collaboration avec des éléments armés affiliés aux NEVIS.
Une organisation parallèle de gestion aurait ainsi émergé, structurée autour d’une chaîne informelle de commandement impliquant plusieurs individus identifiés localement sous les noms de Wasso, Innocent et Dechris, tandis qu’un certain Musonera serait chargé de la centralisation de l’achat des sables miniers.
Dans ce contexte, les témoignages locaux décrivent une situation sécuritaire particulièrement tendue autour du site. Ils évoquent des arrestations arbitraires, des violences ciblées et des disparitions inquiétantes.
Le bilan humain reste difficile à vérifier de manière indépendante, mais plusieurs sources parlent de pertes en vies humaines et de personnes portées disparues, sans qu’aucune communication officielle ne vienne, pour l’instant, clarifier la situation.
Des milliers de jeunes introuvables
Une autre préoccupation majeure concerne le sort de milliers de jeunes ayant travaillé sur le site. Environ 5 894 d’entre eux seraient aujourd’hui introuvables, après avoir été, selon des témoignages locaux, intégrés dans des groupes armés liés à l’AFC/M23.
Leurs familles, sans nouvelles, expriment une inquiétude grandissante et réclament des réponses claires sur leur localisation et leur situation actuelle.
Face à cette dégradation, les habitants de Luhihi dénoncent une détérioration rapide de leurs conditions de vie et appellent les autorités à intervenir.
Des demandes sont notamment adressées au gouverneur du Nord-Kivu, Bahati Musanga Eraston, ainsi qu’aux responsables de l’AFC/M23, afin de restaurer l’ordre et de mettre fin aux abus signalés.
Spoliation et pillage économique dénoncés
Parallèlement, des accusations de spoliation foncière et de pillage économique émergent dans la région. Des parcelles appartenant à l’État seraient cédées de manière irrégulière, tandis que des biens privés, notamment des véhicules, feraient l’objet de saisies ou de détournements.
Certains acteurs locaux pointent également le manque de réaction des autorités compétentes, notamment au niveau du ministère des Mines, évoquant des blocages institutionnels qui entraveraient toute intervention efficace.
Au-delà du seul site de Luhihi, cette situation met en lumière une crise structurelle plus large de gouvernance dans cette partie de la RDC. Entre affaiblissement de l’autorité de l’État, multiplication des acteurs armés et exploitation non contrôlée des ressources naturelles, la population locale évolue dans un environnement marqué par l’incertitude et l’instabilité persistante.


