
Une vive polémique secoue la ville de Bukavu après l’opération nocturne ayant conduit au retrait forcé de portraits du Dr Denis Mukwege, figure emblématique de la lutte contre les violences sexuelles en République démocratique du Congo.
L’intervention, attribuée aux autorités locales sur instruction du maire Nicolas Kyalangalilwa, suscite colère et incompréhension au sein de la population.
Selon plusieurs sources locales, les faits se sont déroulés dans la nuit du 21 au 22 avril, aux environs de 21 heures, au quartier Essence. Des éléments de la police auraient été déployés pour retirer des images du Dr Denis Mukwege, affichées sur un panneau public par des jeunes du quartier en signe de soutien au célèbre gynécologue et Prix Nobel de la paix.
Une décision jugée « provocatrice »
Pour de nombreux habitants, cette initiative dépasse le simple cadre administratif et s’apparente à un acte politique lourd de sens.
« Arracher les images du Dr Mukwege, c’est s’attaquer à un symbole de dignité nationale. C’est un message extrêmement grave envoyé à toute une génération », dénonce un membre de la société civile locale.
Ironie de l’histoire, Nicolas Kyalangalilwa est lui-même un ancien membre du bureau de la coordination de la société civile de Bukavu.
Une trajectoire qui rend la décision d’autant plus difficile à comprendre pour certains observateurs.
« Il a été porté par les valeurs de la société civile. Aujourd’hui, il piétine l’héritage de ceux qui incarnent ces mêmes valeurs, à commencer par Mukwege », s’indigne un activiste.
Une tension accrue dans un contexte sécuritaire fragile
Cette affaire intervient dans un climat déjà tendu, marqué par la présence et l’influence du mouvement M23 et de ses alliés dans certaines zones de l’Est du pays.
Du côté de la jeunesse du quartier Essence, la réaction est ferme. Les initiateurs de l’affichage affirment ne pas vouloir céder face à ce qu’ils qualifient de « dérive autoritaire ».
« Nous avons affiché ces photos pour honorer un homme qui a défendu les femmes de ce pays au prix de sa vie. Les enlever, c’est déclarer une guerre symbolique contre nos valeurs », affirme un jeune du quartier.
Certains vont plus loin et dénoncent une volonté de museler toute expression citoyenne liée à des figures jugées dérangeantes.
Silence des autorités locales
Malgré plusieurs tentatives de la rédaction de Libre Grands Lacs pour le joindre par téléphone afin d’obtenir sa version des faits, Nicolas Kyalangalilwa n’a pas réagi. Aucun communiqué officiel n’a été publié pour expliquer les raisons de cette intervention.
Ce silence alimente les spéculations et renforce le sentiment d’injustice parmi les habitants, qui y voient un acte délibéré visant à effacer la mémoire et l’influence du Dr Denis Mukwege.
Un symbole au cœur d’un bras de fer
Au-delà des faits, cet épisode révèle une fracture plus profonde autour des symboles, de la mémoire collective et de la liberté d’expression dans une région fragilisée par des années de conflits.
« Ce n’est pas qu’une histoire d’affiches. C’est une bataille pour savoir quelle mémoire on autorise dans l’espace public », analyse un observateur local.
Dans une ville marquée par les violences et les luttes d’influence, le nom de Denis Mukwege reste un repère moral pour beaucoup. L’effacer, même symboliquement, risque d’attiser davantage les tensions déjà vives à Bukavu.


